Tracking lynx through the wilderness

Vue de la tête et des épaules d’un lynx à ventre fauve, à menton blanc, arborant une mèche de poil noir à l’extrémité d’une oreille pointue, sur fond gris flou.

Sur la piste du lynx du Canada

Dennis Murray de la Trent University associe les déplacements des lynx roux, des lièvres d’Amérique, des lynx du Canada et des coyotes à des données génétiques pour étudier comment ces animaux emblématiques du Canada réagissent aux dangers environnementaux actuels et comment ils pourraient se comporter à l’avenir.
29 novembre 2015

Quand on lui demande comment il se sent par rapport aux animaux qu’il étudie, Dennis Murray répond : « Ma réponse peut paraître boiteuse, mais j’essaie de ne pas trop penser à leur avenir parce que cela me rend émotif. C’est démoralisant. »

L’inquiétude de Dennis Murray est manifeste lorsqu’il explique le sombre avenir qui s’annonce pour quelques-uns des mammifères les plus représentatifs du Canada : le lynx roux, le lièvre d’Amérique, le lynx du Canada et le coyote.

Selon le chercheur, les effets cumulatifs des changements climatiques et de la dégradation de l’habitat pourraient entraîner ces espèces dans une spirale descendante. Peut-être le mouvement est-il même déjà enclenché.

Écologiste terrestre à la Trent University, Dennis Murray étudie les réactions présentes et futures de certains animaux (et parfois de populations entières) aux risques environnementaux. Sa mission scientifique consiste à découvrir les signaux génétiques qui démontrent les transformations chez ces animaux qui tentent de s’adapter à un environnement en rapide mutation. Autrement dit, le chercheur est un expert de la faune qui retourne dans le passé pour prédire l’avenir.

LIRE : Trent Grad Students Conduct Snowshoe Hare Research in Yukon (en anglais seulement)

Durant la saison de travail sur le terrain, Dennis Murray et ses étudiants s’équipent de matériel d’étiquetage et de pistage financé par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) – une dizaine de colliers émetteurs de pointe qu’ils fixent au cou des lynx vivant dans des régions comme l’État de Washington, où ils sont rapidement détrônés par des espèces envahissantes telles que le lynx roux et le coyote. Ces colliers transmettent un signal à des satellites qui, à leur tour, les renvoient à l’ordinateur du chercheur, l’informant ainsi du lieu exact, à la minute près, de chaque sujet. Les données recueillies viennent compléter l’information génétique tirée des échantillons sanguins prélevés au moment de la pose du collier. Fort de ce tableau complet – gènes et comportements – le chercheur pourra mieux comprendre à quel point la situation du lynx du Canada est précaire.

« Nous ne prévoyons pas l’extinction totale du lynx du Canada, précise Dennis Murray. Mais l’espèce ne pourra probablement pas s’adapter assez rapidement aux environnements boréaux marginaux ou en dégradation. Selon les prévisions du chercheur, ces environnements sont ceux où surviendront les pressions sélectives les plus prononcées, ce qui entraînera chez ces animaux des changements peut-être imperceptibles pour le moment, mais qui s’inscriront probablement dans leurs gènes.

Avec le temps, les changements dans l’ADN pourraient entraîner de nouvelles adaptations qui aideraient l’espèce à survivre, ou même à évoluer dans des environnements complètement différents. Le lynx du Canada pourrait ainsi être de plus petite taille, avoir un pelage d’une couleur différente ou développer un goût pour l’écureuil roux au lieu du lièvre d’Amérique – sa nourriture de prédilection – ce qui permettrait aux générations futures de se déplacer vers de nouveaux environnements tels que la forêt de feuillus. Mais les modifications génétiques peuvent être risquées, particulièrement si elles ne suivent pas le rythme de l’évolution rapide de l’environnement. Et le lynx du Canada pourrait ainsi être mis en péril.

Le chercheur veut donc empêcher la concrétisation de ce scénario. Il analysera les échantillons génétiques du lynx du Canada – peut-être les prémices d’une évolution ou d’un trouble – à la recherche d’un signe associé à une réaction interne à un environnement en rapide mutation. Le portrait qu’il en tirera donnera aux responsables politiques une meilleure idée de l’avenir qui attend le lynx du Canada. 

Cette histoire a été publiée à l’origine en mars 2014.