Power to the people

Le fauteuil savant

Une étudiante en informatique met au point un fauteuil roulant qui accroît l?autonomie des personnes âgées
25 février 2009
Pooja Viswanathan, qui prépare son doctorat à l’Université de la Colombie-Britannique, a grandi dans une confortable maison de banlieue non loin de Mississauga, en Ontario. Ses grands-parents vivaient avec la famille et participaient activement à la vie quotidienne. Elle a donc été ébranlée quand, adolescente, elle a découvert ce qu’était l’existence des personnes âgées vivant en centre d’hébergement. « On peut y voir tellement de personnes affaissées dans leur fauteuil roulant manuel, qui ont du mal à accomplir même les tâches les plus simples », raconte-t-elle. Aujourd’hui, cette diplômée en informatique de 26 ans s’intéresse à l’intelligence artificielle et espère créer un « fauteuil roulant intelligent » qui favorisera l’autonomie des personnes âgées.
 

L’invention de Viswanathan, le Navigation and Obstacle Avoidance Help (NOAH), combine une caméra stéréoscopique et un logiciel. NOAH peut transformer n’importe quel fauteuil roulant électrique en un appareil quasiment robotique, capable de transporter une personne d’un point A vers un point B en contournant tous les obstacles sur le chemin.

Pour des raisons de sécurité, les règlements provinciaux et municipaux actuels interdisent aux personnes souffrant de déficience cognitive d’utiliser un fauteuil roulant électrique. Or, 60 à 80 % des personnes qui vivent en centre d’hébergement sont atteintes d’une forme de démence. Pooja Viswanathan pense que NOAH pourrait leur procurer une certaine autonomie. « Qui dit mobilité réduite dit dépression et isolement, explique-t-elle. D’où l’utilité du fauteuil roulant électrique. Il est important que ces personnes puissent se déplacer en toute sécurité. »

C’est en 2006, lorsqu’elle faisait son stage d’été à l’Intelligent Assistive Technology and Systems Lab de l’Université de Toronto, que Pooja Viswanathan a découvert qu’une caméra stéréoscopique – qui utilise deux lentilles et fonctionne comme l’œil humain – pouvait évaluer l’emplacement et la proximité des objets sur son chemin. Un logiciel pouvait alors diriger le fauteuil roulant en conséquence.

Les autres technologies utilisées (lasers, infrarouge) étaient bruyantes, sensibles à la lumière du soleil et risquées, mais Viswanathan s’est rendu compte que la caméra stéréoscopique était sans danger et qu’elle pouvait fonctionner dans un environnement naturel. Elle avait découvert le complément parfait au fauteuil roulant : une caméra informatisée capable de fonctionner partout où la personne a besoin d’aller.

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Pooja Viswanathan et le fauteuil savant qu'elle a développé pour les personnes atteintes de la maladie de l'Alzheimer

Martin Dee, UBC, Public Affairs

« Cet appareil peut vraiment aider les personnes qui vivent dans un centre de soins de longue durée », précise Alan Mackworth, l’un des superviseurs de la doctorante au laboratoire de l’Université de la Colombie-Britannique, où elle poursuit ses recherches sur NOAH.

Deux prototypes NOAH ont été mis au point et l’un d’entre eux fait actuellement l’objet d’essais cliniques à Toronto. On teste en outre les derniers logiciels, qui permettent à l’ordinateur d’évaluer l’état cognitif de l’utilisateur. « Pour fonctionner correctement, explique la jeune chercheuse, le fauteuil roulant doit s’adapter aux différents besoins des utilisateurs. »

Sa voix s’anime lorsqu’elle poursuit : « Je compte travailler avec des enfants handicapés. Nos essais prouvent que cette technologie peut aider les enfants souffrant d’autisme. »

Le dévouement de Pooja Viswanathan repose sur une conviction : pour elle, les sciences informatiques doivent sortir du laboratoire et être mises au service de ceux qui en ont le plus besoin. « Pooja est une étudiante exceptionnelle, affirme Alan Mackworth. Son objectif est de consacrer ses recherches à la création de quelque chose d’utile pour la société. »