Excavating the wonderful

Une illustration d’une fillette et d’un chien perchés sur un livre ouvert, planant dans l’azur du ciel. La fillette envoie la main en passant au-dessus d’un village.

Découvrir des merveilles

Des chercheurs du Centre for Imaginative Education de la Simon Fraser University élaborent de nouveaux modèles éducationnels qui font appel à l’imagination des élèves pour donner du sens à l’insignifiant.
25 août 2015

À l’instar de bon nombre d’élèves, Kieran Egan s’est morfondu pendant une grande partie de sa scolarisation. Tout l’ennuyait : la structure ainsi que la transition rigide, morne et sans joie de classe en classe et d’un sujet à un autre. Devenu professeur d’université, M. Egan a décidé de concentrer ses travaux sur l’élaboration de nouveaux modèles éducationnels adaptés aux sujets qui suscitent naturellement l’intérêt et la curiosité des élèves. En 2001, il a mis sur pied le Centre for Imaginative Education à la Simon Fraser University où il conçoit et met à l’essai de nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage téméraires qui favorisent l’établissement de relations avec les élèves.

Q : Que fait-on au Centre for Imaginative Education?
R : Nous cherchons surtout des moyens qui permettront aux enseignants de faire appel à l’imagination des élèves pendant leur formation. Nous essayons de réinventer la classe au quotidien.

Q : Pourquoi est-ce si important de mobiliser l’imagination des étudiants?
R : Si on ne le fait pas, il s’agit d’une perte de temps pure et simple. Les élèves apprennent et trouvent l’expérience enrichissante seulement si les émotions sont intégrées au contenu du programme. Nous essayons de concevoir des méthodes qui permettront à l’enseignant moyen d’une classe ordinaire de mettre en œuvre cette idée plus efficacement. En règle générale, le programme – du point de vue des enseignants comme des élèves – comprend une gamme d’objectifs à atteindre, par exemple, apprendre à démontrer que les angles intérieurs opposés d’un parallélogramme sont égaux. Cette activité peut être tout à fait désincarnée si on ne cherche pas à découvrir les merveilles que recèlent ces notions.

Q : Comment faire pour qu’un parallélogramme soit porteur d’émotions?
R : D’abord, nous montrons aux élèves une image d’Ératosthène qui, dans une cour d’Alexandrie, il y a de cela 2000 ans, est en train de creuser un trou et d’y planter un bâton. Il sait qu’à 500 milles au sud au moment du solstice d’été, dans la ville de Syène, un bâton planté bien droit ne projette pas d’ombre. Il sait aussi qu’en Alexandrie, le bâton forme une ombre. Ainsi, en sachant que Syène est située à 500 milles de là et en mesurant l’ombre, considérant que les angles intérieurs opposés d’un parallélogramme sont égaux, Ératosthène a pu estimer avec une précision impressionnante la circonférence de la Terre. Il est possible, en racontant cette histoire à un enfant, de mettre en scène ce personnage à l’origine de cette découverte, ce qui permet d’intégrer le contenu du programme à un contexte signifiant. Les enfants se sentent alors interpellés et démontrent un intérêt à apprendre.

Q : Le recours à ces méthodes est-il généralisé?
R : Non. La plupart du temps, l’enseignement est plutôt ennuyant. Le succès de l’école en tant qu’institution est encore aujourd’hui grandement mitigé. On consacre des sommes et des efforts considérables à la formation d’étudiants affichant souvent un faible degré de littératie, une vague compréhension des principes scientifiques et peu d’emballement pour le patrimoine culturel. Il y a toutefois moyen d’améliorer cette situation. Certains de nos programmes ont été conçus afin de rompre la routine quotidienne en salle de classe. Le modèle de l’apprentissage en profondeur illustre bien cette idée.

Q : En quoi consiste le modèle d’apprentissage en profondeur?
R : C’est un ajout simple mais primordial au programme. L’idée est qu’à l’avenir, au cours des deux à trois premières semaines suivant l’entrée à la maternelle, on organise une grande cérémonie où chaque enfant se voit attribuer un sujet – les oiseaux, les pommes, les baleines ou un autre thème semblable. Les élèves doivent ensuite monter un dossier sur leur sujet pendant les douze prochaines années. Habituellement, ils y consacrent une heure par semaine, mais cela signifie que chaque élève acquiert une spécialisation sur les bancs d’école. Lorsqu’ils obtiendront leur diplôme, ils en sauront autant que quiconque sur un sujet précis.

Kieran Egan, codirecteur du Imaginative Education Research Group à la Simon Fraser University, explique comment son modèle d’apprentissage en profondeur peut capter l’imagination des élèves en faisant d’eux des spécialistes d’un sujet avant la fin de leurs études secondaires. (Cette vidéo est disponible uniquement en anglais.)


 

Q : Pourquoi les élèves devraient-ils devenir spécialistes d’un sujet?
R :
La plupart des enfants d’âge scolaire ne deviennent jamais vraiment spécialistes d’un sujet en particulier. En règle générale, la description du programme est longue, mais peu approfondie. Les enfants apprennent donc souvent toutes sortes de choses, mais de façon très superficielle et, par conséquent, ils les oublient rapidement. Les stratégies d’apprentissage en surface ne parviennent jamais à capter l’imagination. Pour que celle-ci entre en jeu, il faut avoir un maximum de connaissances.

Q : Cette stratégie fonctionne-t-elle à tous les niveaux, de la maternelle à la douzième année?
R : Oui, et même au baccalauréat. On relève même un intérêt pour cette méthode dans les maisons de retraite. Plutôt que de jouer au bingo toute la journée, les personnes âgées étudient la possibilité de réaliser un projet d’apprentissage en profondeur.

Q : Est-ce que tout le programme se prête à cette stratégie?
R : Oui. Tout sujet recèle des merveilles si on le creuse suffisamment.

Cet article a été publié à l’origine sur innovation.ca en août 2014.