Les laboratoires de recherche peuvent proposer des solutions de renouvellement des infrastructures rentables aux municipalités

2 juin 2014

En 2004, lorsqu’il a fallu rénover le garage de stationnement de Place du Portage, un complexe du gouvernement fédéral situé à Gatineau, le ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux a utilisé des technologies de pointe. Au lieu de construire les dalles porteuses avec les traditionnelles armatures pour béton, on a choisi des polymères renforcés de fibres, un matériau composite à haute performance à l’épreuve de la corrosion. Élaborée par le réseau de recherche ISIS Canada – un regroupement de près de 200 ingénieurs civils de partout au Canada établi à l’Université du Manitoba – cette méthode pourrait réduire les coûts et doubler la durée de vie prévue des dalles, de 50 à 100 ans. Cette technologie est appliquée partout au pays. Et cela n’est qu’une des nombreuses utilités de la recherche de pointe au chapitre du renouvellement de l’infrastructure qui constitue un besoin criant dans les grandes villes canadiennes.

Aujourd’hui, les municipalités et les provinces de toutes tailles doivent assumer des coûts gigantesques pour réparer et remplacer les routes, les égouts, les services publics et autres infrastructures qui leur permettent de fonctionner. En mars 2014, le gouvernement fédéral a annoncé des investissements de 14 milliards dans le Nouveau Fonds Chantier Canada, lesquels s’inscrivent dans un plan plus vaste de 53 milliards de dollars pour rajeunir les infrastructures au Canada dans les 10 prochaines années. Les municipalités, les provinces et le gouvernement fédéral tentent de trouver les meilleures façons de répondre aux besoins existants. Cet enjeu a été cœur des discussions des maires, des conseillers municipaux et du personnel des villes réunis au congrès annuel de la Fédération canadienne des municipalités qui s’est déroulé la fin de semaine dernière à Niagara Falls.

Et à juste titre. Le Centre canadien de politiques alternatives a publié un rapport l’an dernier dans lequel il établissait à 145 milliards de dollars le fossé de l’infrastructure - valeur de l’infrastructure actuelle par rapport à celle de l’infrastructure nécessaire. Étant donné les pressions qui s’intensifient sur tous les paliers de gouvernement pour combler le déficit d’infrastructure ‒ sans compter toutes les indications qui démontrent que l’infrastructure ne tient pas le coup : nids-de-poule, avis d’ébullition, refoulements d’égouts et pannes de courant ‒ les villes canadiennes se trouvent à un moment charnière. À l’heure actuelle, la plupart des routes, des ponts et des canalisations d’eau et d’égout du Canada ont déjà dépassé largement leur durée de vie prévue et doivent être remis en état.

Alors que les discussions tournent autour de la question du financement de la modernisation de notre infrastructure urbaine, il faut garder à l’esprit l’élément tout aussi crucial de la construction de l’infrastructure. La recherche et l’innovation sont au cœur de la solution de ces deux enjeux, et continueront de l’être.

Aujourd’hui, les défis sont différents de ceux qui existaient après la Seconde Guerre mondiale, période à laquelle la grande partie de l’infrastructure urbaine voyait le jour. Les changements démographiques – 80 pour cent des Canadiens vivent maintenant dans de petits et grands centres urbains – et les changements météorologiques exercent une pression sans précédent sur les infrastructures vieillissantes. Les technologies des années 1950, 1960 et 1970 ne sont tout simplement plus appropriées au 21e siècle.

Les villes veulent des solutions rentables et novatrices aux défis qu’elles doivent relever. Et les universités et les collèges du Canada y travaillent activement.

Une équipe de chercheurs de la University of British Columbia a créé des fibres synthétiques à haute performance que l’on peut pulvériser à l’aide d’un tuyau à haute pression directement sur la surface en béton d’anciens ponts et passages supérieurs pour en augmenter la solidité et la durabilité. Ce revêtement comprend aussi des capteurs à fibres optiques capables de transmettre des signaux numériques à des ingénieurs pour surveiller l’état de la structure en temps réel.

Par ailleurs, à la Lakehead University, à Thunder Bay, en Ontario, des chercheurs ont mis au point un adjuvant pour béton qui peut rendre ce matériau jusqu’à 40 pour cent plus solide et réduire les émissions de gaz à effet de serre grâce à une utilisation moindre de matériaux, ce qui, à long terme, est à la fois écologique et rentable.

En plus de constituer une partie de la solution pour nos villes, de telles technologies peuvent être utilisées dans le monde entier, se traduisant ainsi par des avantages financiers importants pour le Canada.

Au moment d’élaborer les plans de renouvellement des infrastructures, les municipalités devront envisager l’utilisation de cette recherche de pointe pour réaliser des économies aujourd’hui et mettre en place des systèmes de soutien capable de répondre à la demande qui se profile pour le prochain siècle.

Gilles Patry est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation, la seule organisation qui finance l’infrastructure de recherche de pointe au pays. Cet article d’opinion a été publié à l’origine sur le site Web du journal Toronto Star le 27 mai 2014.